Discours de Caroline St-Hilaire à l’inauguration du Campus Longueuil de l’Université de Sherbrooke

« Les universités existent en Occident depuis presque 1000 ans. Elles ont même globalement plus de vécu que tous les systèmes de gouvernement que nous connaissons, les royaumes, les empires, les dictatures, les démocraties parlementaires, les systèmes républicains, tous! Pourquoi? Parce que les universités détiennent l'élixir de la longévité, le secret de la permanence. Et leur secret, c'est le suivant.

Les universités sont depuis toujours la fabrique d'un élément majeur pour l'Humanité, un élément qui nous tient en vie non seulement en tant que civilisation, mais carrément en tant qu'espèce, le seul élément qui nous permet de résister tant aux malheurs du corps qu'aux malheurs de l'âme : le savoir. Le savoir sur le plan des idées comme sur le plan des sciences et des techniques.

Devant ce grand trou noir qu'est notre avenir collectif, avec ses mystères capables de devenir des menaces, les universités projettent un trait de lumière grâce à des savoirs qui peuvent de devenir des espoirs, des savoirs qui peuvent devenir de la prospérité, des savoirs qui peuvent parfois devenir de la joie, sinon du bonheur. Aucune collectivité humaine le moindrement lucide ne peut se passer de cette lumière. Et la collectivité longueuilloise ne fait pas exception.

Heureusement pour nous, l'Université de Sherbrooke, entre toutes les autres universités du Québec, a résolu de configurer et de développer son inventaire de savoirs — et de communiquer ces savoirs — en fonction de la sorte particulière de lumière dont Longueuil a besoin pour le moment présent, en fonction de l'état où nous sommes réellement, c'est-à-dire en fonction des entreprises que nous hébergeons et des besoins qu'elles ont, en fonction de la population qui habite ici, en fonction de ses impératifs comme de ses aspirations.

Heureusement pour nous, l'Université de Sherbrooke s'est donné comme stratégie — et elle en a même tiré un instinct tout particulier — de créer des synergies organiques, je dirais même vitales, avec les communautés où elle œuvre. Elle l'a fait à Sherbrooke, à Granby, à Bromont, et elle le fera désormais plus intensément chez nous.

Et heureusement pour nous, enfin, l'Université de Sherbrooke s'est donné comme règle de mesurer son propre succès à celui des communautés où elle bâtit des savoirs, et auxquelles elle transmet ses savoirs.

Donc chez nous, son succès sera celui de Pratt & Whitney, quand les savoirs en acoustique déboucheront sur l'amélioration du rendement des turbines.

Donc son succès sera celui de la jeune entreprise Skeltex, quand on aura mis au point le système d'injection dans le corps humain du ciment biocompatible nécessaire au traitement d'une colonne vertébrale décalcifiée.

Donc son succès sera celui du studio Dubsynchro, quand les savoirs de l'université en matière de reconnaissance informatisée des formes et des sons s'appliqueront au domaine de la postproduction audiovisuelle.

Et enfin, à l'autre extrémité du spectre, son succès sera celui des hommes et des femmes de Longueuil, mes concitoyens et concitoyennes, à qui les programmes de formation continue de l'Université transmettront non pas seulement un savoir, mais un savoir-faire, cette condition aujourd'hui sine qua non de la prospérité individuelle et collective.

Madame la rectrice, madame la vice-rectrice, je sais que la recherche des savoirs, de tout savoir, est indissociable d'une certaine austérité.
Mais il y a aussi les joies du savoir.
La joie de trouver, et surtout la joie de partager.
Et ces joies, elles sont indissociables des lieux où elles se passent.

Alors nous vous offrons un lieu, le nôtre, que nous rendrons le plus convivial possible, je vous le promets au nom de Longueuil, un lieu que nous rendrons le plus propice à la créativité, et surtout le plus propice aux rencontres et aux échanges qui font, dans toute collectivité et dans toute alliance, que le tout devient au bout du compte supérieur à la somme de ses parties.

Ainsi, madame la rectrice, madame la vice-rectrice, vous et nous allons sortir améliorés de cette aventure, améliorés les uns par les autres, améliorés de manière profonde, et de manière irréversible.

Et ainsi également, madame la ministre, puisque de nos jours rien ne se propage plus vite que les savoirs et les retombées du savoir, j'ai la certitude que l'initiative que vous appuyez aujourd'hui chez nous, à Longueuil, se répercutera, comme vous le souhaitez sûrement, sur ce chez nous plus large qu'est le Québec tout entier ».