Discours de Caroline St-Hilaire prononcé à la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud le 19 janvier 2011

Seul le discours prononcé fait foi

Tout d'abord, je tiens à vous dire que j'apprécie cette espèce de tradition d'une rencontre de début d'année entre le monde des affaires longueuillois et celui de l'administration politique de la Ville.

L'an dernier, j'avais jugé nécessaire, d'abord pour me présenter moi-même, mais surtout pour exprimer l'idée que je me fais des rapports entre les gens d'affaires et la Ville, de vous dire que vous et moi, malgré nos occupations différentes, malgré nos secteurs d'activités différents, malgré même nos allégeances de toutes sortes (parfois divergentes), nous avons en commun une chose fondamentale, une chose qui dépasse toutes les autres : nous avons le même « chez nous » . Et ce, « chez nous »-là, c'est Longueuil.

Je vous disais également l'an dernier que si nous, comme pragmatiques de part et d'autre, nous laissons jouer le simple réflexe de vouloir améliorer notre « chez nous », si nous ajoutons à ça, le sentiment d'affection que nous partageons pour notre « chez nous », tout ça, mis ensemble, nous inspirera des occasions et des moyens de travailler les uns avec les autres, les uns pour les autres.

Alors qu'est-ce qu'on a sur la table de travail en ce début d'année 2011 ? Il y a essentiellement deux choses, deux choses qui sont bien en évidence dans le budget 2011 de Longueuil.

Premièrement, on se débarrasse de nos comptes en souffrance, on se met à jour, on cesse de se faire des accroires, on se met dans une situation budgétaire claire. BREF, on finit le ménage cette année.

Voilà pourquoi il y a pour 2011 une augmentation de taxes de 4,9 %, sachant que la moitié de cette hausse, soit 2,4 % (ou 5,7 M$), sert à compléter le redressement, sert à finir le ménage.

Est-ce que c'est plaisant de devoir consacrer collectivement 5,7 M$ pour redresser une situation budgétaire ? Non; pas plaisant pour moi, pas plaisant pour vous, pas plaisant pour personne. Mais, aussi déplaisant que ce soit, il faut quand même souligner que suivant une grille comparative établie en 2009, nous partions d'une situation où les revenus de taxes per capita à Longueuil étaient 23 % plus bas que la moyenne québécoise, et 32 % plus bas que dans les villes de plus de 100 000 habitants.

L'autre chose qu'il y a sur la table, en ce début d'année 2011, est plus plaisante à évoquer :
c'est notre objectif de dégager à terme une marge de manœuvre budgétaire permanente — je dis bien permanente ! — de 15 M$, soit un peu plus de 4 % du budget actuel de la Ville.

Vous aurez compris que je ne parle pas ici d'un magot caché qui aurait été oublié, ni d'un billet gagnant de loto. On n'est pas dans la pensée magique, on est dans l'univers de l'administration pure et dure, on est dans le cadre d'une démarche pragmatique.

Alors la question que j'ai posée à notre direction générale ce n'est pas : « Où est-ce que je pourrais trouver 15 M$ ? »

J'ai fonctionné à l'inverse, en me disant qu'on pouvait mieux gérer, qu'on devait resserrer le contrôle sur nos coûts de système et surtout, qu'il fallait concilier ce resserrement avec une vision stratégique à long terme. J'ai donc présenté les choses à notre direction générale comme ceci : « Advenant que nous consentions à modifier sérieusement nos manières de faire, nos systèmes administratifs, notre manière de gérer notre personnel et nos relations avec nos fournisseurs, advenant que nous disposions de certains amendements législatifs, non pas pour demander de l'argent à Québec, mais pour permettre un allègement du cadre législatif, fiscal et financier, advenant que nous consentions à redessiner nos sources ordinaires de revenus, advenant que nous mettions à jour nos stratégies de développement, notamment en les alignant sur les forces de la région et sur la synergie avec nos voisins, advenant que nous devenions plus rigoureux et plus efficaces dans notre recherche d'économies d'énergie, bref, advenant que nous devenions plus créatifs, tant comme administration que comme collectivité locale et régionale, ça représenterait combien d'argent ? » Alors, une fois les analyses faites, la direction générale m'est revenue et m'a répondu : « De manière réaliste, ça peut représenter une marge de manœuvre de 15 M$ ».

C'est donc sur cette base que j'ai lancé la démarche pour dégager une marge de manœuvre. D'une part, c'est en même temps réaliste et ambitieux, donc c'est de la bonne gestion. Mais, d'autre part, c'est absolument nécessaire. Car vous savez comme moi qu'à peu près toutes les villes du Québec, Longueuil comme les autres, ont négligé, depuis des décennies, l'entretien de leurs infrastructures, particulièrement des infrastructures souterraines, celles qu'on ne voit pas, qu'on oublie, donc qu'on néglige : c'est-à-dire les réseaux d'aqueduc et d'égout. Le terme à la mode à ce sujet est : « le déficit d'entretien ».

En clair, vous allez me demander : ça veut dire quoi ? Pour employer une analogie avec un domaine que nous connaissons tous, nous les femmes, c'est-à-dire l'entretien d'une automobile, ça veut dire qu'on n'a pas changé l'huile du moteur ni fait sa mise au point, qu'on n'a pas fait la rotation des pneus ni l'alignement des roues, qu'on n'a pas fait de traitement antirouille et encore moins de débosselage, bref, qu'on a zéro dollar au chapitre « entretien » de notre budget… pis on appelait ça… de la saine gestion….

Donc, quand la voiture va prendre le champ, ou que le moteur va sauter, ou quand un policier va vous dire que votre minoune doit être retirée de la circulation et qu'elle est juste bonne pour la scrap, ça va vous coûter un bras ! C'est ça le déficit d'entretien. C'est pelleter les problèmes par en avant.

Maintenant, regardons comment se traduit le déficit d'entretien. Ça se traduit : par des fuites et des bris dans les conduites souterraines, par un vieillissement accéléré du patrimoine d'infrastructures tout entier, les édifices, les réseaux souterrains, la voirie, TOUT ! TOUT ! TOUT ! Le déficit d'entretien, c'est un défi pressant, un défi non facultatif et il faut y voir. Il faut y voir maintenant. Et justement parce qu'il faut y voir et justement parce qu'il faut que tout le monde soit sur la même page, j'ai demandé qu'on lance un programme de consultation populaire de sorte que nous puissions, non seulement partager l'information, mais aussi s'entendre sur une stratégie pour affronter notre défi : le financement du déficit d'entretien. La stratégie est simple. Nous irons dans chaque quartier pour entendre ce que les citoyens ont à dire sur les infrastructures et sur leur financement, car ce financement a un coût.

Donc, pour revenir sur cette marge de manœuvre budgétaire que je veux aller chercher, je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Nous en avons besoin parce que le défi des infrastructures n'attendra pas. Nous en avons besoin parce que la capacité de payer des citoyens a atteint ses limites et qu'il faut trouver l'argent ailleurs. Mais, je vous le répète : cette marge de manœuvre se matérialisera seulement au terme d'un immense effort de transformation de nos processus, au terme d'un effort majeur de nos employés, au terme d'une consolidation sérieuse des synergies régionales et au terme de modifications législatives significatives touchant la définition de certains de nos pouvoirs, des modifications qu'il faudra aller chercher.

Le travail de transformation et de consolidation touchera les huit secteurs suivants :

  • L'optimisation interne (nos processus, nos façons de faire);
  • La gestion du capital humain (par un meilleur contrôle de nos coûts, mais surtout par une gestion par mandat, par objectif, une gestion responsable exigeant une reddition de compte);
  • Nos politiques de gestion contractuelle (ça veut dire, transparence, rigueur et éthique, ça veut dire le bon produit, pour nos besoins réels au meilleur prix !);
  • Ça touchera aussi la révision de nos structures para et supramunicipales;
  • Des amendements législatifs concernant notamment les sources de financement, l'impact des déficits actuariels des régimes de retraite, la gestion des dossiers d'évaluation foncière;
  • Les modes de financement des services municipaux;
  • Nos stratégies de développement économique;
  • Des mesures énergétiques et de développement durable.

Vaste programme, n'est-ce pas ? Mais, vous connaissez le proverbe : « Y'a pas de changement sans changements ». Vaste programme, c'est sûr, mais il est réaliste,
réaliste à condition d'y mettre les efforts nécessaires, et surtout — surtout ! — à condition de vaincre notre résistance naturelle au changement.

Dans mon esprit, ce n'est pas le changement qui doit être questionné, c'est l'inaction, c'est l'immobilisme. Ça sous-entend que l'administration doit se regarder elle-même, qu'elle doit même pouvoir s'autocritiquer et se mettre à jour en fonction de la réalité actuelle. Par exemple, la gestion de l'octroi de contrats, surtout les contrats d'importance concernant, par exemple, la voirie ou les infrastructures souterraines. Là aussi, nos gestionnaires doivent réviser la méthode de conception des devis et d'estimation des coûts et réviser les stratégies d'appels d'offres de sorte à augmenter la quantité de soumissionnaires et soutenir les entreprises locales et régionales.

Tout ça pour vous dire que notre objectif de 15 M$, c'est faisable !

Une des façons d'y arriver aussi se situe notamment dans la dimension régionale des politiques de la Ville. L'évolution récente des structures municipales nous a donné une nouvelle taille, une taille au sein de l'agglomération, une taille aussi au sein de la Rive-Sud et une taille au sein de la grande région montréalaise. Et ça aussi, la taille, qui nous donne un poids économique et démographique, il faut apprendre à s'en servir.

Évidemment, ça sous-entend d'abord qu'on est conscient de notre poids, qu'on consent à s'en servir et même qu'on annonce qu'on va s'en servir de manière décisive, pour nos citoyens et pour leur bien-être.

Évidemment, pour se servir de son poids économique et démographique, pour le convertir en poids politique, il ne faut pas que ce poids soit simplement une masse, il ne faut pas que ce soit un poids mort. Le poids qu'on a, il deviendra utile à condition d'être poussé par le moteur du dynamisme et de la cohésion, à condition de tabler sur ce qu'on a autant que sur ce qu'on veut, à condition d'être stimulé par une énergie créatrice, à condition de développer une énergie de mouvement, à condition de développer une énergie de changement.

Pas des rêves, pas des vœux ni des doléances, juste de l'action ! Juste des projets ! De l'action et des projets qui, bien qu'ils surviennent dans tel ou tel endroit précis, servent à toute la région. Et là-dessus, on n'a rien à envier à personne. En voici quelques exemples :

L'Université de Sherbrooke vient de jeter l'ancre chez nous, avec tout ce que ça comporte de savoir de haut niveau au service des gens et des entreprises de tout le territoire.

Pareil pour le programme de travaux de l'ordre de 100 M$ sur le réseau routier supérieur, pour les axes routiers autour du métro, un programme que nous sommes en train de peaufiner avec les instances appropriées.

Pareil pour le projet de Cité Santé universitaire qui est en train de prendre forme grâce à des investissements de près de 200 M$ dans un horizon de trois ans touchant le Centre intégré de cancérologie de l'hôpital Charles-LeMoyne, l'ajout de six étages à l'institution et l'agrandissement de son urgence.

Pareil pour le centre d'échange intermodal; la gare de train de banlieue adjacente à l'aéroport que l'Agence métropolitaine de transport va construire.

Et vous avez entendu comme moi, il y a quelques jours, l'annonce de cet important pas en avant que constitue la décision gouvernementale de procéder à des études concernant le nouveau pont Champlain et l'implantation d'un système léger sur rail. Mais, la meilleure nouvelle est, ce matin dans La Presse, où on apprend que le prolongement du métro est une priorité pour l'ensemble de la Communauté métropolitaine de Montréal. C'est une bonne nouvelle pour Longueuil, une bonne nouvelle pour l'agglomération et pour toute la couronne sud.

Je le martèle sans cesse, depuis un an, le prolongement du métro à Longueuil est une priorité. Il doit devenir la priorité régionale. Bref, les choses sont en mouvement, parce qu'on les a mises en mouvement. Tout ça va donner de la force à notre poids régional, une force dont j'ai bien l'intention de me servir au profit de la région, de chaque coin et recoin de la région. Laval et Montréal ont chacune leur poids, et elles s'en servent, je ne vous apprends rien. Est-ce que la Rive-Sud ou l'agglomération le font ? Est-ce que nous sommes aussi unies ? Est-ce que le poids de chaque ville ajoute au poids de l'ensemble ? Pas encore, mais ce n'est pas un obstacle, c'est juste un défi. Car pour un certain nombre de choses qui comptent, comme le transport en commun, comme la voirie, comme le développement économique, les villes voisines de la ville Longueuil et même les villes voisines de l'agglomération de Longueuil peuvent tirer avantage du poids de Longueuil. D'ailleurs demain, je rencontre mes collègues de l'agglomération. Une autre rencontre est aussi prévue avec les préfets de la couronne sud. Ces rencontres nous permettent de resserrer nos liens. Je souhaite qu'ensemble, on se mette à la chasse aux idées claires, aux idées clairement régionales, faites pour générer des bénéfices régionaux, ce qui par la force et par la nature des choses devient vite bénéfique sur le plan local. Parce que vous le savez, quand le niveau d'eau monte, ça fait monter tous les bateaux en même temps. Car si le transport intrarégional ou interrégional des personnes devient plus fluide, car si l'aéroport devenait un aimant pour des entreprises au lieu d'être perçu uniquement comme une nuisance, car si l'Hôpital Charles-LeMoyne devient aussi notoire qu'on le souhaite en cancérologie, car si l'Université de Sherbrooke à Longueuil fabrique des cerveaux pour les industries régionales de pointe, car si le revenu moyen de la population augmente et avec lui, la gamme des activités de consommation, des activités culturelles et du développement résidentiel, c'est chaque personne de chaque rue, de chaque ville de la Rive-Sud qui voit son destin s'améliorer, tant économiquement que sur le plan de sa qualité de vie. Et c'est aussi chaque entreprise, petite, moyenne ou grande, qui voit ses perspectives s'éclairer et s'élargir. La différence majeure entre ce que nous sommes maintenant et ce que nos prédécesseurs étaient il y a 20, 30 ou 50 ans est, à mon avis, la suivante, et je ne vous cacherai pas que ça constitue le cœur de ma motivation sur le plan politique.

Il y a 20, 30 ou 50 ans, pour des raisons bien concrètes, c'était l'époque du chacun chez soi et du chacun-pour-soi. Toute politique et toute vision collective étaient essentiellement locales. Aujourd'hui, poussés par les événements autant que par nos intérêts, nous devons faire le saut dans une autre dimension, une dimension plus large, une dimension que j'appellerai l'affirmation régionale. Désormais, dans l'intérêt de nos voisins les plus rapprochés, il faut être capable de penser à l'intérêt de nos voisins les plus lointains, nos voisins régionaux.

Pour revenir à mon thème de départ, je dirais même que c'est une question de pragmatisme. C'est comme ça que je vois Longueuil : elle doit devenir comme le moteur et le principal agent de l'affirmation régionale. C'est cette notion d'affirmation régionale que, dès demain, je vais chercher à développer et à promouvoir avec mes vis-à-vis de l'agglomération, comme je l'ai fait avec vous aujourd'hui. Sans cette énergie de l'affirmation régionale, sans la manière d'être et de penser que représente l'affirmation régionale, nous ne ferons pas le poids face à Montréal et Laval, et nous ne ferons pas d'avancées face à Québec, ni face aux grandes entreprises qui sont désormais nos interlocuteurs.

Mais attention ! La vertu centrale de cette stratégie d'affirmation régionale, c'est la solidarité, la solidarité entre villes mêmes de tailles différentes, autrement dit l'équivalent de ce que le monde des affaires réussit à faire, même entre composantes de tailles différentes, et qu'il appelle le partenariat.

Je sais que dans le monde des affaires, fut-ce pour des raisons de survie ou pour régler une transaction importante, on arrive plus spontanément que chez les politiciens à cette manière de penser qui consiste à dire dès le départ « Let's agree to agree », autrement dit, « Ne pas arriver à s'entendre n'est pas une option ».

Donc dès demain, je prends le bâton du pèlerin, pour faire deux choses. D'abord, rallier les décideurs politiques et sociaux, tous les influenceurs, comme je le fais avec vous, les gens d'affaires, pour qu'on mette plus de poids autour des projets en cours et que je viens d'énumérer.

Deuxièmement, sur l'élan de ces projets, et grâce à ces projets et grâce aussi à tous les autres qui bouillonnent dans toute la région, je vais suggérer qu'on se livre dans l'année qui vient à un exercice rigoureux de planification stratégique régionale. Pour occuper la place qui nous revient dans la grande région montréalaise, pour tirer l'avantage qu'il y a à en faire partie, et surtout pour générer un développement autonome de notre côté du fleuve, ça nous prend un plan de match de notre côté du fleuve, un plan de match collectif, un plan de match régional.

Investissons là-dedans au plus vite ! Investissons dans nous-mêmes ! Pour que Longueuil avance, pour que la région avance, pour que l'affirmation régionale se matérialise, désormais, nous, les décideurs, ce qui inclut les politiques, les décideurs, les gens d'affaires, nous allons devoir refuser que la mésentente et l'isolement soient une option.

En vous quittant, je vous dirai que chacun a ses raisons de faire ce qu'il fait, des raisons personnelles. Ma raison personnelle à moi de faire de la politique municipale, c'est que le sens des mots « chez nous » s'élargisse, et qu'il finisse par imprégner et par mobiliser tout le monde dans tous les secteurs d'activité de toutes les villes de la Rive-Sud.

C'est ça, ma vraie raison, ma seule raison.

J'étais venue aujourd'hui non seulement pour vous en faire part et pour tenter de vous partager cette raison, mais aussi pour la renforcer en moi.

Je vous remercie de m'avoir permis de le faire.