Conférence de presse : Municipalisation de l’aéroport de Saint-Hubert le 16 avril 2012

Seul le discours prononcé fait foi

Je vous annonce que demain soir le 17 avril, je déposerai au Conseil de Ville de Longueuil une importante résolution pour demander au Gouvernement du Québec, la municipalisation de l'aéroport de Saint-Hubert.

Juridiquement, la demande consiste à abolir l'organisme DASH-L, qui présentement détient et gère l'aéroport de Saint-Hubert, donc, d'obtenir la propriété et la gestion de notre aéroport en succédant aux droits et obligations de DASH-L.

L'idée de la municipalisation de l'aéroport est venue, parce qu'à l'évidence, toute autre idée s'est avérée dysfonctionnelle.

L'expérience de 8 années, de 2004 à aujourd'hui, couplée aux manifestations virulentes et légitimes de mécontentement des populations voisines de l'aéroport, ont fait la démonstration évidente que la gouvernance actuelle de l'aéroport n'est pas arrivée, n'arrive pas, et ne peut pas arriver, ni à concevoir une stratégie fondée d'abord sur le bien collectif, ni à éviter de maltraiter la qualité de vie collective.

Nous en sommes donc arrivés, tant à Longueuil qu'au sein de l'agglomération, à la conviction que le statu quo n'est tout simplement plus viable, et qu'il faut par conséquent y mettre fin.

La présence à mes côtés du maire Claude Benjamin de St-Bruno-de-Montarville et du maire Jean Martel de Boucherville (qui sont d'ailleurs les deux villes avec Longueuil siégeant au CA de DASH-L) démontre le consensus que nous avons réalisé à ce sujet au sein de l'agglomération.

Quel est le problème qui nous confronte ?

Au conseil d'administration de DASH-L, les représentants élus de la population, porteurs de l'intérêt collectif qui devrait guider l'organisme, sont statutairement minoritaires. Parallèlement, les groupes privés ont noyauté l'assemblée générale et veulent contrer tout projet pouvant démocratiser l'organisme au bénéfice de l'intérêt général.

Tout ça est un non-sens. D'abord, les élus n'ont leur place que dans les organismes voués au bien public. Deuxièmement, l'esprit en vertu duquel l'aéroport a été cédé à la région par le gouvernement fédéral en 2004 voulait justement que le milieu régional le prenne en charge et le gère dans une perspective de synergie globale.

C'est pour ça, au nom de cet esprit comme au nom de la mission des élus, que Longueuil a endossé et stimulé la démarche de 2004 même sans contrôler le conseil d'administration de l'organisme. Aujourd'hui, il faut en convenir, la gouvernance même de l'aéroport est clairement déséquilibrée, c'est pourquoi elle est inefficace.

Son administration est viciée par des confrontations permanentes entre d'une part des intérêts privés et d'autre part le bien des citoyens. Pris collectivement, le bien des citoyens devrait avoir préséance. Il ne me revient pas, 8 ans plus tard, de faire le procès d'une dynamique qui a produit tel ou tel résultat.

Mais il me revient maintenant de constater que la structure actuelle ne fonctionne pas. Le public n'y trouve pas son compte. Dans l'état actuel de la gouvernance de DASH-L, et malgré les efforts déployés surtout depuis plus de 2 ans, la responsabilité de la gestion de l'aéroport reste si morcelée qu'on se sait pas ce qui lui inspire ses orientations stratégiques, on ne sait pas qui est responsable de quoi, et surtout, responsable devant qui ?

L'ambigüité de la gouvernance de DASH-L est telle, la confusion entre les intérêts privés et publics est si grande, l'organisme est si coincée entre l'intérêt collectif et celui de ses usagers, que de tenter, par des poursuites juridiques d'empêcher les pouvoirs publics, et celle qui vous parle, d'influencer l'organisme dans le sens du bien public.

J'ai bon espoir, une fois l'aéroport municipalisé, que la plupart de ces poursuites n'auront plus de raison de continuer et que tout ça ne sera qu'un mauvais souvenir.

À tout événement, la justice suivra son cours.

En résumé, la gouvernance de DASH-L est malade. Malade de quoi ? Malade d'un déficit d'imputabilité, malade d'un déficit de démocratie.

Quand j'ai accédé à la mairie de Longueuil en 2009 c'était sur la base d'un engagement précis, celui de redonner la ville à son monde.

S'agissant de l'agglomération, j'ai la même conviction, qui se résume ainsi : si c'est notre aéroport géographiquement, il doit l'être juridiquement. Car l'aéroport, ça fait partie de l'agglomération de Longueuil, c'est un morceau de l'agglomération, donc ça doit appartenir à son monde, et sur une base collective.

C'est à cette seule condition qu'on pourra établir les règles d'une cohabitation civilisée, entre l'aéroport et son voisinage, entre l'aéroport et le reste de la cité. C'est également à cette seule condition qu'on pourra concevoir des stratégies de développement durable les plus payantes possible pour la région.

L'entité qui le gère doit être clairement mis sous notre juridiction, avec une ligne d'imputabilité claire, droite et continue entre cette entité et la population, par l'entremise de ses élus, accompagnés, bien sûr, par des comités de citoyens représentatifs et par des représentants des usagers. Car la population doit avoir une prise sur son aéroport comme sur le reste des actifs et de l'équipement de l'agglo.

Ce qu'on en fera ensuite, après la municipalisation, ça dépendra de nous, entièrement de nous, et exclusivement de nous, collectivement. Et les choses que nous, les élus, devrons faire avec l'aéroport après sa municipalisation, j'ai deux bonnes raisons de penser que nous les ferons bien.

D'abord, une étude qui nous vient de SECOR (et que je vous invite à lire) nous dit qu'au chapitre des 10 facteurs les plus importants pour déterminer les chances de succès d'un tel équipement, il n'y en a aucun qui fait défaut à l'aéroport de Saint-Hubert. Mieux encore, nous dit SECOR, il y a 5 facteurs où l'aéroport se classe de « très bon » à « excellent ».

Donc les bases stratégiques du succès sont là… pourvu qu'on lève les entraves à ce succès. Et au sujet des entraves, nous avons une autre étude, portant cette fois spécifiquement sur la gouvernance, et réalisée sous la direction de Benoit Bouchard, l'ancien ministre fédéral des transports qui a mis en œuvre plusieurs cessions d'aéroports aux villes (une étude que je vous incite également à lire).

En substance, l'étude Bouchard attribue la sous-performance de l'organisme actuel à ses contradictions inhérentes, qui sont un peu comme des vices de fabrication, qui l'empêchent de fonctionner correctement.

En pratique, l'étude recommande de dissoudre l'assemblée générale actuelle des membres de DASH-L, et de recomposer son conseil d'administration mais sur la base d'une nette prépondérance des pouvoirs publics.

Nous, les élus de Longueuil et de l'agglomération, nous sommes d'accord avec ça. Mais comme rien n'indique que de telles transformations peuvent survenir spontanément, nous devons demander au gouvernement du Québec de les faire survenir d'autorité, puisque les OSBL dépendent des lois québécoises.

Pour terminer, je vous rappelle que depuis 2 ans, devant divers auditoires, je parle d'une certaine vision, que j'ai appelée l'affirmation régionale, une vision qui, dans mon esprit, concerne l'agglomération, et chacune de ses villes. Une vision, ça commence par mettre les villes d'accord entre elles sur le plan des valeurs.

Maintenant il s'agit de passer à l'action … en s'appropriant notre aéroport…