Patrimoine archéologique

Le berceau de l'ancienne seigneurie de Longueuil est situé au cœur du site patrimonial cité du Vieux-Longueuil. Son périmètre est délimité au nord par la rue du Bord-de-l'Eau Est, à l'ouest par le chemin de Chambly, à l'est par la rue Saint-Antoine et au sud par la rue Saint-Charles Est. D'une superficie de 9290 m², cet îlot était traversé à l'origine par le ruisseau Saint-Antoine selon un axe sud-est-nord-ouest.

Le Parc de la Baronnie… Ici, Longueuil a commencé

Le quadrilatère du Parc de la Baronnie est un lieu chargé d'histoire : il y a plus de 350 ans, Longueuil y prend naissance. C'est sur ce petit lopin de terre que le premier seigneur de Longueuil, Charles Le Moyne père, fit construire certains des plus anciens bâtiments à voir le jour sur la rive sud de Montréal.

Ce site archéologique est porteur d'histoire. Des gens y ont habité, y ont travaillé, y sont nés et y ont même été enterrés. Berceau de la Ville de Longueuil, le lieu est fréquenté de façon quotidienne depuis des siècles par des hommes, des femmes et des enfants.

Le caractère historique unique du quadrilatère est connu depuis fort longtemps. Quelques brèves interventions archéologiques ont été effectuées au cours des trente dernières années, mais depuis 2005, les fouilles se sont intensifiées. Les archéologues y ont découvert les témoins matériels de nombreux éléments phares de la fondation de Longueuil.

Le quadrilatère du Parc de la Baronnie n'a cessé de se transformer au fil du temps, mais toujours, il a joué un rôle important dans l'histoire de Longueuil. Laissez les découvertes archéologiques vous raconter l'histoire étonnante de ce lieu.

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Le lieu de fondation de la Seigneurie de Longueuil forme un quadrilatère délimité par le chemin de Chambly et les rues du Bord-de-l'Eau, Saint-Antoine et Saint-Charles Est. Situé à l'intérieur de cette zone, le Parc de la Baronnie vise à souligner et à mettre en valeur l'histoire du berceau de la Ville et ses richesses archéologiques. © Ville de Longueuil

 

Le Parc de la Baronnie tient son nom de Charles Le Moyne fils (1656-1729). Charles prend la relève de son père comme seigneur de Longueuil de 1684 à 1700. Il a été nommé baron, c'est le seul canadien de naissance à avoir obtenu ce titre.

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Vue générale d'une portion du site archéologique lors des fouilles de l'été 2008. ©Arkéos

Habiter le Parc de la Baronnie

Plus de 2000 ans avant l'arrivée des premiers colons, le site du Parc de la Baronnie est fréquenté par des peuples amérindiens.

En 1657, le site entre dans l'histoire alors que Charles Le Moyne reçoit une première concession de ce qui deviendra la seigneurie de Longueuil. Dès lors, son domaine et sa seigneurie se développent à l'embouchure de l'ancien ruisseau Saint-Antoine dans l'actuel quadrilatère du Parc de la Baronnie.

Au cours des siècles, les constructions se succèdent sur le site et témoignent de la vitalité de l'endroit. Trois moulins seront construits de même qu'une chapelle, une église, une résidence, des industries, une école et de nombreux bâtiments secondaires.

Légendes :

La résidence de Ladislas Lasnier vers 1945 vue de son jardin arrière. Cette maison a d'abord été construite en 1845 pour la famille Chénier. Il s'agit de l'unique résidence bâtie dans les limites du Parc de la Baronnie.

Photo angle Saint-Antoine et Bord de l

Georges Paré, Collection Banque Laurentienne/Division des archives Ville de Longueuil

Le Parc de la Baronnie, un endroit stratégique

À l'origine, le site du Parc de la Baronnie était traversé par un cours d'eau sinueux, appelé ruisseau Saint-Antoine dès les débuts de l'occupation du territoire. Le ruisseau a été remblayé en partie en 1956, il disparaîtra complètement dans les années 1970.

Situé à proximité du fleuve Saint-Laurent et légèrement surélevé par rapport aux basses terres environnantes, l'endroit était idéal pour établir un campement. Différents groupes amérindiens dont des Iroquoiens du Saint-Laurent ont choisi de s'y arrêter à plusieurs reprises durant la période sylvicole, soit de 2400 à 450 ans avant aujourd'hui. Ce sont probablement quelques familles qui se sont rassemblées sur le site à proximité d'un bon point de pêche. Ils ont laissé derrière eux quelques témoins de leur passage.

Pour réaliser un outil en pierre taillée, les Amérindiens enlevaient une multitude d'éclats sur un noyau de pierre.

Les premiers bâtiments au Parc de la Baronnie

Le territoire concédé à Charles Le Moyne en 1657 se transforme peu à peu. Dès 1668, Le Moyne fait ériger un moulin à vent, près de l'embouchure du ruisseau. Quelques années plus tard, il défriche une portion du territoire à l'ouest du chemin de Chambly et s'y fait construire un manoir.

Le chemin au bord de l'eau permet aux familles établies le long du fleuve de se rendre au cœur du village. Avec le temps, plusieurs bâtiments vont être érigés dans l'actuel Parc de la Baronnie dont 2 autres moulins — l'un à eau et l'autre à vapeur —, une chapelle de bois, la première église paroissiale, la maison Chénier, une fabrique de chandelles et l'Académie St-Georges. Plusieurs de ces bâtiments ont eu une 2e vie utile : l'école, par exemple, a été transformée en complexe résidentiel.

De nombreux objets liés à la construction de bâtiments ont été découverts lors des fouilles archéologiques.

Le four à chaux

En 2005, les archéologues découvrent une vaste structure circulaire en pierres. Il s'agit d'un four à chaux datant des débuts de la seigneurie. La chaux entrait dans la composition du mortier et était aussi employée comme revêtement. La chaux produite dans ce four a probablement servi à la construction de plusieurs édifices du Vieux-Longueuil à la fin du 17e et au début du 18e siècle.

Au Québec, la fabrication de la chaux s'est longtemps faite de façon artisanale. Jusqu'à la fin du 19e siècle, on retrouvait des fours dans presque toutes les paroisses.

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Intérieur du four à chaux découvert lors des fouilles archéologiques de l'été 2005. ©Arkéos

La vie au quotidien dans le Parc de la Baronnie

Initialement, la seigneurie de Longueuil s'est développée à partir du quadrilatère du Parc de la Baronnie qui constitue le cœur du village. À l'est du ruisseau Saint-Antoine se trouve la commune et à l'ouest, le domaine seigneurial. De part et d'autre, des familles s'installent le long du fleuve sur des concessions.

La seigneurie qui compte un peu moins de 80 habitants en 1681 voit sa population tripler avant la fin du siècle. Le village de Longueuil augmente aussi en superficie au fil des années.

À toutes les époques, le quadrilatère du Parc de la Baronnie est très fréquenté bien qu'une seule résidence à proprement dite y soit construite. Sur cet espace public, de nombreux témoins matériels ont été oubliés ou jetés au grand bonheur des archéologues. Certaines époques plus récentes ont livré un nombre impressionnant d'artefacts.

Déchets hier, artéfacts aujourd'hui!

En 2008, les archéologues ont réalisé des fouilles en bordure de l'ancien ruisseau, juste au nord de la rue Saint-Charles. Ils y ont découvert une quantité appréciable d'objets utilisés au quotidien comme de la vaisselle, des bouteilles et des flacons dont plusieurs complets. Cet espace servait de dépotoir aux habitants des alentours vers la fin du 19e siècle.

Grâces aux fouilles archéologiques, on peut connaître l'alimentation de nos ancêtres, les produits d'hygiène qu'ils utilisaient, les médicaments composant leur pharmacie, la vaisselle de table employée et leur façon de se vêtir. La provenance des objets est étudiée et les artéfacts communs peuvent être distingués des plus rares.

Naître et mourir au Parc de la Baronnie

Pour répondre aux besoins des habitants de la jeune seigneurie de Longueuil, une chapelle de bois est construite en 1683. Le curé de Boucherville vient y officier. On présume que la chapelle et son cimetière sont situés dans le quadrilatère du Parc de la Baronnie.

En 1698, s'achève la construction du fort de Longueuil — connu sous le nom de Château fort des seigneurs de Longueuil — de l'autre côté du chemin de Chambly. L'imposant édifice dispose d'une nouvelle chapelle qui fait office d'église paroissiale. Le premier curé résidant est nommé cette même année et il habite l'ancien manoir seigneurial de la famille Le Moyne.

La croissance de la population de la seigneurie force la construction d'une première église de pierres en 1724. L'édifice est construit à proximité du site de la première chapelle. Un cimetière, attenant à l'église, sera en usage jusqu'en 1815. Les 2 églises suivantes de la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue seront érigées sur le site du fort détruit par un incendie.

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Reconstitution historique de l'occupation bâtie dans le quadrilatère vers 1810. On peut y voir la première église avant sa destruction (C), le moulin à vent (D), l'ancien moulin à eau (E), l'emplacement du château fort et site de la future église (A), puis le vieux manoir seigneurial qui sert alors de presbytère (B). Plan réalisé par Jodoin & Vincent et reproduit dans l'Histoire de Longueuil publiée en 1889..

Au rythme de l'église

Deux lieux de cultes auraient été construits sur le quadrilatère du Parc de la Baronnie. Les recherches en archives laissent à penser que la chapelle de bois en usage de 1683 à 1698 y avait été érigée, en plus de l'église paroissiale qui sera en fonction de 1724 à 1815. Afin de pouvoir accueillir tous les paroissiens, l'église est quatre fois plus grande que la chapelle. Pour financer ce nouvel édifice, chaque famille y achète un banc en plus de fournir des matières premières et une somme d'argent pour payer les travaux de construction.

L'église constitue le cœur de la paroisse et les célébrations religieuses rythment la vie du village. Toutes les étapes de la vie y sont célébrées : la naissance par le baptême, l'âge adulte par le mariage et la vieillesse lors des enterrements. Pour les habitants, les messes dominicales sont autant d'occasions de se rencontrer et d'échanger.

L'église n'est pas qu'un lieu de prière, c'est aussi un important centre de communication. Les annonces religieuses et gouvernementales y sont criées. Sur le perron, après la messe, chacun peut faire ses annonces personnelles dans le but, par exemple, de vendre un terrain ou de retrouver une vache égarée!

Le Parc de la Baronnie, un lieu sacré

Selon les estimations des historiens, le cimetière attenant à la chapelle de bois aurait accueilli près de 400 sépultures. Dans le second cimetière, celui associé à la première église, il y aurait eu environ 3600 inhumations entre 1724 et 1815. Il est fort probable que les 2 cimetières se chevauchent.

Depuis plusieurs années, les archéologues tentaient de localiser les cimetières situés dans le quadrilatère du Parc de la Baronnie, car ces endroits sont riches en information. La fouille de cimetières permet de mieux connaître les rites funéraires et la biologie des populations qui nous ont précédés. L'analyse des ossements permet d'identifier le sexe, l'âge et la taille des personnes inhumées. Les spécialistes parviennent même à connaître l'état de santé général des individus de même que les maladies, les blessures et les carences alimentaires subies au cours de leur vie.

En 2008, les fouilles ont permis de préciser l'emplacement du cimetière paroissial. Une maçonnerie délimitant le cimetière a été mise à jour et plus d'une quinzaine de sépultures ont été découvertes. Une fois analysés, les ossements seront remis en terre.

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Deux archéologues fouillant minutieusement une sépulture au cours de l'été 2008. ©Arkéos

Travailler au Parc de la Baronnie

Dès les origines de la seigneurie, le quadrilatère du Parc de la Baronnie a été un lieu de travail. À cet effet, la première construction fut un moulin à vent où les habitants venaient faire moudre leurs grains. Ensuite, au 18e siècle, un moulin à eau fut en opération. Il sera remplacé par un moulin à vapeur au siècle suivant.

Plus récemment, ce sont de réelles industries qui ont été aménagées sur le site dont la fabrique à cierges Lasnier et la Chandellerie Mailloux. Les travailleurs ne sont pas les seuls à fréquenter le quadrilatère de façon quotidienne au cours du dernier siècle : des écoliers font leurs classes à l'Académie Saint-Georges.

Aujourd'hui, ces constructions ne sont plus visibles. En effet, les industries et les moulins ont disparu depuis longtemps. Par contre, là où ils se dressaient autrefois, les sols en ont conservés des traces bien tangibles que les archéologues s'activent à documenter. L'objectif des archéologues est d'établir à quoi ressemblaient ces bâtiments et quelles activités nos ancêtres y pratiquaient.

Lors de fouilles archéologiques en 2008, des vestiges appartenant au dernier des 3 moulins à avoir été construit — celui à vapeur — ont vraisemblablement été localisés. Un dossier à… fouiller!

Énergies renouvelables

En 1668, Charles Le Moyne fait construire un moulin à vent. Dans la seigneurie naissante, le bâtiment a probablement servi de forteresse en cas d'attaques comme le laisse croire les meurtrières en haut de la bâtisse. Toutefois sa principale fonction restait la mouture du grain. Les censitaires payaient pour utiliser le moulin. Pour chaque sac de farine moulu, 1/14 de la production devait être versé au seigneur.

Le moulin à eau, érigé vers 1750, a connu une vie utile beaucoup plus courte. Dès 1763, il est pratiquement en ruine. Par la suite, un imposant moulin à vapeur est construit en 1827 dans le même secteur que le moulin à vent disparu. L'utilisation de la vapeur comme source d'énergie est avant-gardiste pour l'époque, même à l'échelle du continent américain.

À chacun son ouvrage

En 1845, la maison Chénier est construite sur le site de l'ancien moulin à vapeur, non loin du coin des rues du Bord-de-l'Eau et Saint-Antoine. À la fin du 19e siècle, Jules Lasdilas Lasnier acquière le terrain et les bâtiments pour y établir une usine. La fabrique à cierges Lasnier est fondée en 1885. Près de cent ans plus tard, elle est agrandie et devient la chandellerie Mailloux.

À l'autre bout du quadrilatère, des écoliers ont le nez plongé dans leurs cahiers à l'Académie Saint-Georges. Cet établissement scolaire ouvre ses portes en 1914. Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie y enseignent aux garçons de première, de deuxième et de troisième année.

Au cours du siècle dernier, un homme pouvait passer une bonne partie de sa vie au Parc de la Baronnie. D'abord pour y étudier et ensuite pour y travailler!

Conclusion

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Le Monument aux pionniers a été inauguré en juin 2007 pour célébrer le 350e anniversaire de la ville. Le monument représente l'arbre généalogique de Longueuil. ©Ville de Longueuil

(Extraits de l'exposition Ici, Longueuil a commencé présenté au Centre culturel Jacques-Ferron en août 2009.)